A propos des Jeux Olympiques
Texte publié dans le prochain numéro du Patriote
Jeudi 12 février, quatre conseillers municipaux de Nice (1) , ont publié un communiqué, à la suite d'un article de Nice Matin, qui reprenait une déclaration de l'association NICEA et du mouvement des Alternatifs portant l'idée qu'ils seraient la seule force politique des Alpes-Maritimes et de Nice à s'opposer, à gauche, aux JO tels que concoctés par Christian Estrosi et son équipe. « Tout le monde a voté pour sauf les communistes et les Verts qui se sont abstenus » disait hâtivement cet article.
Or il est manifeste que tant au Conseil municipal de Nice qu'au Conseil général, les élus communistes n'ont pas attendu février 2009 pour signifier leur opposition à la façon dont le dossier « candidature aux Jeux Olympiques d'Hiver 2018 » a été conçu et conduit par Christian Estrosi et son équipe. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, et non pas d'être hostile aux JO par principe ou par a priori (2) .
Les JO et le sport
Le mouvement sportif, et pas seulement dans le « sport d'élite », est légitimement attaché aux Jeux Olympiques d'Eté comme d'Hiver. Dans son esprit, les Jeux sont un grand moment de paix, de fête et de rencontre des peuples, qu'il faut préserver.
Il faut en défendre l'esprit, dans un monde qui trop souvent s'en écarte de plus en plus. Il faut résister aux enjeux commerciaux qui les défigurent ou les prennent en otage. Il convient également de savoir porter toutes les critiques utiles, notamment du point de vue des droits de l'homme, quand c'est nécessaire, (3) sans demander pour autant et hypocritement aux Jeux, de résoudre seuls des problèmes que les relations internationales n'ont pas le courage de solutionner par ailleurs. Bref, nous ne sommes pas de ceux pour qui la Charte Olympique serait devenue sans valeur, et les Jeux eux-mêmes, une comédie seulement commerciale.
Nous n'avons pas d'opposition de principe à la tenue de Jeux Olympiques et nous sommes aussi favorables à ce que des villes, des territoires et des sites français puissent se porter candidats à leur organisation. D'ailleurs, pour prendre d'autres exemples, les Coupes du Monde de football de 98 avec sa génération « black, blanc, beur » ou bien celle de rugby de 2007, ont été des évènements positifs dans la société française. Nous ne sommes pas non plus de ceux qui, dès qu'il s'agit d'accueillir un évènement, disent seulement « pas dans mon jardin », comme on le voit parfois dès qu'il faut accueillir, sur un site ou un quartier, un équipement collectif. Il ne s'agit donc pas d'être opposé par principe, ou par a priori idéologique, à ce que Nice et les Alpes-Maritimes puissent être candidats à l'organisation de grands évènements sportifs.
Là où le bât blesse…
Il s'agit de se prononcer à partir de réalités, de contenus de projets et d'analyses. Or, au moins quatre dimensions auront motivé le vote « contre » des élus communistes au Conseil général dès novembre 2008, puis au Conseil municipal de Nice en décembre de cette même année.
La première est la contradiction flagrante avec une politique nationale qui éreinte et assassine les moyens d'une politique sportive publique et du sport de masse et populaire. (4) Cet étranglement s'opère au profit de choix qui livrent les affaires du sport au « monde des affaires ». La réduction du budget des Sports à 0,5% du budget de l'Etat en est la marque.
La seconde est écologique. Comme pouvait l'indiquer Bob Injey au Conseil municipal du 19 décembre, « Monsieur le Maire, depuis le début sur ce dossier, je ne partage pas votre enthousiasme. (…) lors de la première discussion sur les Jeux Olympiques, j'avais pointé publiquement la problématique que nous avions avec nos vallées et, malheureusement, ce qui se passe dans la vallée de la Tinée confirme les inquiétudes que j'avais à l'époque ». De multiples autres aspects écologiques pourraient être évoqués, comme la concentration des sites en frontière du Parc du Mercantour et de ses zones protégées.
La troisième est économique, surtout à un moment où l'Etat accélère ses transferts de charges sur des collectivités locales, elles mêmes en difficulté. Ainsi Jacques Victor, lors du débat d'orientation budgétaire en Novembre au Conseil général soulignait : « Comment expliquer que, pour nombre de familles, le prix des cantines scolaires va augmenter de façon importante, que les bourses d'études acquises jusque là vont être supprimées, que des subventions à l'accession à la propriété sont divisées de moitié, que la pression fiscale va augmenter, et que pour ces JO nous nous engageons, dans un premier temps, pour 6 mois seulement, à hauteur de 1 millions d'euros ». (5) En cette mi-novembre 2008, le groupe communiste, seul comme groupe, votera contre les crédits pour la candidature aux JO, indiquant dans une déclaration publique « beaucoup voudraient nous montrer du doigt comme les vilains moutons noirs (…) les grincheux de service mégotant leur soutien à cette initiative et par extension au mouvement sportif. (…). Mais c'est bien précisément par attachement aux valeurs du sport et aux idéaux de l'Olympisme que nous ne saurions souscrire béatement à cette liesse générale (…). Si nous n'avons aucune opposition de principe à une telle candidature, au contraire, il n'est pas question que celle-ci se construise sur le dos de nos concitoyens et du mouvement sportif ».
La quatrième tient aux réserves que suscite un projet qui s'est dessiné au fil des semaines après une « annonce » dans la précipitation en octobre. C'est d'ailleurs cette annonce précipitée, sans aucun contenu préfiguré, qui a légitimé, dès le départ, une abstention des élus communistes et Verts, comme on applique un « principe de précaution », dès le Conseil municipal du 10 octobre 2008. Au fil des semaines, il apparaîtra que, ni du point de vue des conditions écologiques, ni du point de vue des conditions économiques, les éléments objectifs ne sont réunis pour un avis favorable. De même qu'est dommageable l'absence de recherche de coopérations larges avec des territoires voisins, susceptibles de diminuer des coûts prévisibles et des travaux à risques écologiques. Ainsi Pelvoux par exemple s'appuie sur des structures réalisées pour les JO de Turin. C'est pourquoi le 19 décembre, en expliquant leur vote dans une déclaration de Bob Injey, les quatre conseillers municipaux communistes et Verts de Nice, se sont prononcés contre la subvention de la ville de Nice à l'Association « Nice Côte d'Azur 2018 », actant leur désaccord avec ce projet là.
Une inquiétude plus large
Après les débats budgétaires qui ont eu lieu tant au Conseil général qu'au Conseil municipal de Nice, on est en droit de se demander si le tandem Estrosi-Ciotti ne s'inspire pas de plus en plus d'une méthode dangereuse de surenchère de projets aux financements hypothétiques. Déjà, les crédits soit disant « nouveaux » du « plan de relance » servent, en fait, à financer des engagements anciens et non tenus à ce jour de l'Etat. Comment ne pas constater une suraccumulation d'annonces de grands projets, alors que leur réalisation est dépendante de financements aléatoires, liés à l'OIN pour certains ou à l'obtention des JO pour d'autres ? Ou bien alors dépendent d'une vassalisation vis-à-vis d'intérêts privés et d'un endettement insupportable des collectivités locales ? Alors même qu'une détresse financière de ces collectivités est tangible : prises en tenaille entre l'affaissement de recettes, comme les droits de mutation liés aux transactions immobilières, et l'augmentation prévisible de dépenses. Sans compter l'annonce de la suppression de la Taxe Professionnelle par Sarkozy, laquelle représente la « bagatelle » de près de 122 millions d'euros de recettes pour la ville de Nice et 93 millions pour le Conseil général, et dont nul ne sait à l'heure actuelle comment elles seraient remplacées !! A moins que, un peu comme dans les méthodes du financier Madoff aux Etats-Unis, on se lance dans des cavaleries pyramidales de financement bien risquées ?? Une seule chose est sûre : l'augmentation des impôts locaux pour les Niçois en 2009 : + 14,8%. Une forme de record, bien peu olympique celui là, dont les ménages niçois se passeraient bien, en ces temps de crise.
Jean Paul Duparc
-
Emmanuelle Gaziello et Robert Injey pour le PCF, ainsi que Marie Luz Hernandez-Nicaise et Rémi Gaechter pour les Verts - Donc plutôt que de vouloir jouer en février 2009, les « Madame ou Monsieur Plus » d'une opposition à ces JO là, l'association Nicea aurait été mieux inspirée de mettre en évidence les convergences possibles, chacun ayant (3) sa personnalité par ailleurs.
- A l'occasion des Jeux Olympiques de Pékin, par un dessin de UNE (numéro 2132, consultable sur les archives gratuites du journal sur le site www.le-patriote.info) comme par la publication de textes d'Amnesty International dans d'autres numéros, Le Patriote a dit clairement ce qu'il avait à dire.
- Voir le dossier du Patriote n° 2156 « Dérives vers le sport business » et aussi l'appel de la FSGT « sauvons les clubs, sauvons le service public du sport » dans le numéro 2160.
- Le Patriote n° 2148 du 21/11/09 en page 3 Evènement