Nice Présidente des villes Euromed: intervention d'Emmanuelle Gaziello le 10 Octobre.

Publié le par pcf 06

Délibération : 0.2   Candidature de la ville de Nice a la présidence du réseau des villes euromed

 

M. LE MAIRE.- Le groupe des villes Euromed, qui fait partie du réseau « cités et gouvernements locaux unis », a été créé par la ville de Bordeaux en 2000 en s’appuyant sur les conclusions de la troisième conférence euro méditerranéenne des ministres des Affaires étrangères qui encourageait les collectivités locales à s’engager dans le partenariat euro-méditerranéen. Les ambitions de cette commission, qui comprend aujourd’hui trente-neuf villes européennes et trente-neuf villes méditerranéennes, étaient d’initier un dialogue réel et intéractif entre des cités des côtes nord et sud de la Méditerranée et le développement des projets innovants entre nos villes au sein du groupe Euromed. La présidence de Marseille - puisque Marseille assure actuellement la présidence - arrivant à son terme en novembre 2008, cette dernière a précisé à l’ensemble des membres qu’elle ne souhaitait pas se représenter pour une nouvelle mandature, estimant préférable d’instaurer une présidence tournante susceptible d’apporter de nouvelles impulsions au réseau. Compte tenu de la volonté de Nice d’être un acteur important au sein de la nouvelle Union pour la Méditerranée et d’en faire une véritable capitale de la Méditerranée, je vous propose, mes chers collègues, de prendre acte de la candidature de notre ville à la présidence du réseau Euromed. En gros, ce n’est pas une candidature contre d’autres. Je souhaite que l’on évite systématiquement les candidatures. Que l’on s’oppose à Gênes, que l’on s’oppose à Barcelone, que l’on se mette en concurrence avec Milan, etc., cela a un sens ; se mettre en compétition avec d’autres villes de notre région n’a pas de sens. Marseille m’a dit qu’ils étaient prêts à nous passer le relais et que ce relais serait automatique et déjà acté sur le principe par les autres villes qui constituent Euromed ; à partir de là, on n’entre pas dans une candidature où il faut pousser un dossier à fond mais où nous sommes d’ores et déjà reconnus comme légitimes pour assumer cette succession. C’est l’esprit de ce dossier. Y a-t-il des interventions ?

Mme GAZIELLO.- Monsieur le Maire, cette délibération est pour nous très importante dans le contexte actuel de crise systémique du capitalisme international. Qui ne serait pas enthousiaste à l’idée d’une perspective que notre ville devienne le symbole d’une intégration méditerranéenne réussie qui soit symbole de paix, de coopération, de co-développement pour tous les peuples de la Méditerranée ? Je constate quand même, dans ce que vous venez de dire, qu’il y a trente-neuf villes du nord et trente-neuf villes du sud dans ce réseau, mais vous ne citez à aucun moment une présidence pour une ville du sud, vous ne citez que des villes du nord. Force est de constater quand même que ce réseau fait partie intégrante du processus de Barcelone initié en 1995 et que, lors de la conférence des dix ans de ce processus et malgré la relance de Nicolas Sarkozy en juillet dernier à la création de l’Union pour la Méditerranée, le tir n’a pas été corrigé, c’est un échec : une ouverture économique de tous les pays du sud pendant que les pays de la rive nord continuaient à fermer l’accès aux produits des pays du sud, une situation sécuritaire délabrée après la destruction de l’Irak et l’absence de solution politique au Moyen-Orient, la montée de l’intégrisme, la montée des flux migratoires de plus en plus difficiles à contenir et une forte pression migratoire de l’Afrique sub-saharienne sur les pays du Maghreb. Il y a trois volets à ce processus de Barcelone et, si Nice devenait présidente du réseau Euromed, il faudrait bien qu’elle s’insère dans ces volets. Le volet économique initial visait à l’instauration d’un marché de libre-échange en 2010 et c’était sans ambiguïté une libéralisation totale des économies des pays du sud. Ce tout libéral n’a eu pour seul résultat, au bout de plus de dix ans, que de creuser le fossé des richesses entre les deux rives de la Méditerranée, tout en permettant à l’Union européenne de doubler son excédent commercial avec les pays méditerranéens du sud ; une orientation confirmée le 13 juillet dernier lors du sommet créant l’Union pour la Méditerranée. Aujourd’hui, les dirigeants européens rivalisent de sévérité pour fustiger les dérives du capitalisme financier et l’idée folle de la liberté totale du marché en raison de la crise systémique du capitalisme. On a pourtant de la peine à oublier l’activisme de l’Union européenne en faveur de la dérégulation, de la déréglementation, de l’ouverture des marchés des pays du sud sans qu’ils bénéficient de la construction européenne et encore moins de l’euro. Un deuxième volet a été réaffirmé en juillet dernier lors de la création de l’Union pour la Méditerranée : celui de la lutte contre l’immigration clandestine. Les inégalités de développement qui découlent de ces libéralisations entre pays pauvres et riches se sont tellement approfondies ces dernières années que les flux migratoires vont continuer à croître et toucheront sans doute des catégories nouvelles de population. Or, pour prétendre être une présidente juste du réseau Euromed, Nice devrait se positionner sérieusement pour une stratégie de co-développement économique, en organisant la circulation des personnes entre les deux rives et en considérant surtout les immigrés, même sans papiers aujourd’hui, comme des acteurs du développement et des vecteurs de la démocratisation de leurs pays, à condition effectivement qu’ils puissent y retourner. Nice pourrait ainsi réellement s’engager dans un véritable partenariat avec les villes du sud. Un considérant m’interpelle, Monsieur le Maire. Ne disiez-vous

pas vous-même que l’un des objectifs de cette présidence est de s’impliquer dans les orientations politiques destinées aux pays de la rive sud de la Méditerranée ? C’est quand même un considérant qui pose la question d’une réelle volonté d’établir des coopérations à égalité, Monsieur le Maire. Quant à la dimension politique que vous voulez donner à cette candidature de la ville de Nice, je rappelle que la conférence de 2005 des dix ans de partenariat a été un échec. Pourquoi un échec ? Car il n’y a pas eu d’accord sur la déclaration dite "vision commune pour le sommet euro-méditerranéen du dixième anniversaire "qui incluait une série de neuf engagements liant directement l’Union européenne au progrès des réformes démocratiques, économiques et politiques des pays du sud. Pourquoi ? Parce que les divergences constatées sur le processus de paix au Proche-Orient ont conduit les pays arabes à refuser de qualifier les actes de résistance palestinienne de terrorisme et c’est la raison pour laquelle ils n’ont pas signé la déclaration commune. D’ailleurs, le fait d’inverser les priorités du sommet lutte antiterrorisme au détriment d’une réelle opération économique n’a pas été étranger à cet échec. Permettez-moi donc, Monsieur le Maire, de revenir sur une délibération symbolique de la politique méditerranéenne de la ville de Nice et sur l’incohérence d’un refus alors que vous souhaitez faire jouer à Nice un rôle central dans le réseau des villes Euromed qui comprend aussi des villes placées sous l’autorité palestinienne : votre refus récent, Monsieur le Maire, d’associer en un commun hommage les noms de Yzack Rabbin et de Yasser Arafat comme une simple mesure de justice, eux qui ont reçu ensemble le prix Nobel de la paix en 1992 pour leur action en faveur d’une paix juste entre Israël et la Palestine. Ceci aurait été un signe symbolique pour la paix qui aurait pu être lancé à toutes les villes d’Euromed. Monsieur le Maire, oui pour une candidature à la présidence d’un réseau de collectivités territoriales en s’engageant pour un partenariat véritable de coopération à égalité, de co-développement et surtout de protection pour toutes les villes Euromed des biens publics mondiaux ; s’engager pour les biens publics mondiaux me semble pour les collectivités territoriales aujourd’hui d’une importance flagrante au vu de la crise qui couve partout ; des biens publics mondiaux inaliénables, essentiels à la vie comme le climat, l’eau, la paix et l’éducation et les ressources non-renouvelables. Nous disons non à une présidence médiatique basée sur la domination économique et humaine nord/sud que le processus de Barcelone a enclenchée. Nous ne préjugeons pas de vos intentions, Monsieur le Maire, mais en l’absence d’engagement en ce sens et en l’absence d’autres éléments, c’est la raison pour laquelle nous nous abstiendrons sur cette délibération. Merci.

M. LE MAIRE.- Monsieur Chauvet, vous avez la parole.

M. CHAUVET.- Monsieur le Maire, en ce qui nous concerne, nous voterons cette délibération très naturellement. Nous ne vous faisons pas de procès d’intention mais je m’interroge un tout petit peu, très naïvement peut être, comment se fait-il que la ville de Marseille qui est une grande et formidable ville lâche aussi aisément la présidence de cette institution ? Elle nous laisse la suite mais elle a pourtant dans le passé prouvé en diverses circonstances qu’elle avait vocation à se positionner en leader. Je pose donc la question très simplement : quelles sont pour vous les raisons, ou la raison, du fait de cet abandon par Marseille de cette présidence en dehors du fait exprimé dans les considérants de la délibération que la ville de Marseille aurait souhaité assurer une présidence tournante ? Y a-t-il d’autres raisons selon vous ?

M. LE MAIRE.- Non, il n’y a pas d’autre raison. Qui d’autre demande la parole ?

M. ALLEMAND.- Nous voterons cette délibération parce qu’elle va dans le sens de repositionner Nice au coeur des capitales euro méditerranéennes. Quant à la question posée par monsieur Chauvet, je ne sais pas s’il y a effectivement une réponse à lui fournir mais simplement un élément de réflexion : il ne faut pas oublier que Marseille est positionnée pour être le siège de la présidence de l’Union pour la Méditerranée si le projet voyait le jour, elle n’a donc pas besoin des deux.

M. SALLES.- Monsieur le Maire, mes chers collègues, j’ai du mal à comprendre, à décrypter l’intervention de notre collègue madame Gaziello. Nous sommes toujours dans la volonté de retrait et de ne pas faire en sorte que notre ville joue son rôle. Or, il faut bien voir dans quelle situation nous sommes aujourd’hui en Méditerranée : lorsqu’on parle des grandes villes de la Méditerranée, jusqu’à présent on ne citait jamais Nice ; on citait Marseille, Barcelone, Tunis, beaucoup d’autres villes, sauf la nôtre. Nous avons pourtant une vocation méditerranéenne. J’appuie évidemment cette démarche qui va dans cette direction parce qu’elle va permettre de positionner Nice et de donner une lisibilité. Comme le disait monsieur Allemand tout à l’heure, l’Union pour la Méditerranée se crée, Marseille est candidate mais Marseille ne sera pas la seule candidate et Nice, dans le nombre d’institutions qui pourront se créer dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée, doit être au premier rang. Je ne voudrais pas que l’on recommence comme par le passé car je me souviens, lors de la création du Parlement de la Méditerranée en 2006, j’avais écrit au maire de Nice de l’époque pour lui dire que si Nice était candidate pour accueillir le siège du Parlement méditerranéen, Nice avait toutes les chances de l’emporter. A l’époque, je n’avais même pas eu droit à un accusé de réception de l’ancien maire de Nice. Heureusement les temps ont bien changé, maintenant Nice a compris, grâce à son maire, que nous avons une carte extraordinaire à jouer, il y a celle des jeux olympiques, il y a celle de la Méditerranée, nous avons une vocation internationale. Si Nice n’a pas cette vocation, qui donc peut l’avoir ? Nous sommes donc totalement dans notre rôle, nous sommes là pour renforcer la vocation internationale de Nice qui, malheureusement, s’était dégradée et même éteinte dans les années précédentes, aujourd’hui nous devons relever ce challenge. Aujourd’hui, nous pouvons prétendre présider Euro Méditerranée et être au coeur des grandes villes de la Méditerranée pour tout ce qui se fera. Je ne comprends pas le discours de madame Gaziello qui dit que l’on veut opposer les uns aux autres ; vous savez, je travaille suffisamment pour la Méditerranée, certainement beaucoup plus que vous, pour essayer de rapprocher les peuples palestinien, israélien et autres, beaucoup plus que vous ne pourrez jamais le faire, parce que ce n’est pas par des incantations mais par des actions concrètes que nous devons y arriver, et celle-ci va totalement dans le bon sens. C’est la raison pour laquelle, Madame, encore une fois, votre groupe se distingue par des attitudes, des postures, mais qui ne sont pas un discours politique cohérent, je le regrette pour vous (applaudissement de la majorité).

M. LE MAIRE.- Merci. Je remercie Rudy Salles d’avoir fait cette mise au point. Je veux d’ailleurs dire la chance que nous avons - en le félicitant puisqu’il vient d’être réélu à la vice-présidence de l’Assemblée nationale - d’avoir un parlementaire de son talent qui a été au fondement même du Parlement de la Méditerranée et qui joue tout son rôle. Il accueillait en notre nom, il y a quarante-huit heures de cela, tous les ambassadeurs de l’OCDE à Nice. Comment peut-on prétendre défendre des valeurs humanistes, des valeurs de partenariat, des valeurs d’accompagnement vers des processus de paix et, en même temps, s’opposer à ce que sa terre, sa collectivité joue son rôle ? Avec Rudy Salles, nous sommes souvent allés sur ces territoires avec lesquels nous partageons des fraternités, des affections, des amitiés avec des amis israéliens, des amis palestiniens, des amis libanais, des amis syriens, des amis qui ont

toujours été opposés par les contraires de tout mais qui n’attendent qu’une chose, c’est que la France - avec ses grandes collectivités - joue pleinement son rôle pour que, alors que la génération qui nous a précédés était capable de bâtir la paix en Europe, notre génération soit capable de les aider à bâtir la paix en Méditerranée. Il y a bien évidemment la question des moyens, et Euromed n’est pas sans moyens, je veux le préciser, parce qu’on peut se demander à quoi cela sert. D’abord, nous disposons de tout le programme MEDA qui est doté de 5 milliards 350 millions d’euros pour la période à venir et qui laisse pour Euromed des facilités d’investissement et de partenariat pour 2007 à 2013, permettant de financer le secteur privé des pays méditerranéens à hauteur de 8 milliards d’euros. C’est à Nice que cela se décidera. L’Instrument européen de voisinage et de partenariat (IEVP) mettra près de 7,7 milliards d’euros à la disposition du sud. Le fonds d’investissement en faveur de la politique de voisinage de l’Union européenne est doté de 50 millions d’euros pour 2007/2010 et de 250 millions d’euros pour 2011/2013. La création d’un fonds fiduciaire permet à d’autres institutions États-membres, Banque de développement, fonds d’investissement de participer au financement de projets futurs. Cette possibilité de percevoir des investissements rendra les projets méditerranéens moins coûteux et leur réalisation plus probable. Tous ces fonds, c’est depuis Nice que les assemblées qui se réuniront sous notre présidence auront à décider de les répartir au bénéfice du développement, en même temps que nous devons essayer d’amener ces pays à se parler, à se rapprocher, à renforcer la coopération régionale. Nous sommes déjà, avec la collectivité municipale ou départementale, présents sur de très beaux projets de partenariat. C’est le cas en Israël, et je me tourne vers le doyen de la faculté de médecine Daniel Benchimol grâce auquel nous avons un jumelage entre l’hôpital Adassa et l’hôpital de Nice, ou en Syrie où j’ai pris des contacts, il y a quelques jours de cela, quand le président de la République m’a demandé de l’accompagner à Damas. Permettezmoi de vous dire que quand le président de la République française sait que le maire de Nice va accueillir la présidence d’Euromed et lui demande de l’accompagner à Damas pour rencontrer Bachar el Hassad avec deux grands témoins, le Premier ministre de Turquie monsieur Erdogan et l’émir du Qatar, en leur demandant d’être des négociateurs indirects pour bâtir la paix entre la Palestine et Israël, parce que c’est à ce seul prix que l’on y parviendra, et en plaçant la Syrie face à ses responsabilités par rapport à nos frères libanais, et je dis bien nos frères libanais en me tournant vers toute la communauté libanaise de Nice et de la Côte d’Azur, je crois que nous avons une responsabilité historique dans tous ces domaines. Le fait que nous soit offerte l’opportunité de jouer cette responsabilité historique, comme l’a rappelé Rudy Salles il y a quelques instants, qui donnera en même temps un rayonnement et une crédibilité internationale à Nice dans la Méditerranée, cela dérange peut-être mais c’est la présidence française qui a obtenu de mettre tout le monde autour de la table le

13 juillet dernier. Qui imaginait, il y a encore quelques mois de cela, qu’un jour ce soit grâce à la France que l’on puisse mettre le président syrien, le président égyptien, le président algérien, le président tunisien, le président palestinien, le Premier ministre israélien, le président libanais ensemble autour de la table ? Nous y avons réussi et c’est dans ce calendrier qu’il nous est proposé de jouer ce rôle. Vous parlez des pays du sud mais je ne peux pas vous dire mieux que préciser que si Nice est retenue - et Nice sera retenue - et si vous vous prononcez dans ce sens à la présidence d’Euromed, les deux vice-présidences seront celle de Fès au Maroc et celle de Jdeideh au Liban, c’est-à-dire que nous aurons une ville libanaise et une ville marocaine qui assureront nos deux vice présidences. Quel plus beau message ? Nice joue simplement son rôle historique. Sur cette base, cela ne vaut pas la peine de faire de grandes déclarations idéologiques ; nous avons à jouer notre rôle, à le prendre avec sa pleine mesure et je pense que pour la population niçoise dont on connaît la diversité, parce que Nice est une ville multiculturelle, que cela plaise ou non c’est une réalité, je suis fier de dire que je suis le Maire d’une ville multicolore, il suffit de rentrer dans nos écoles pour savoir que le destin de Nice au 21e siècle est celui-là et qu’on ne l’inversera pas, et par rapport à cela aussi, jouer ce rôle et cette responsabilité peut être une fierté pour tous ces petits Niçois qui se reconnaissent dans les politiques que nous conduisons.

 

Le Conseil municipal prend acte

 

M. LE MAIRE.- Il y a deux abstentions des deux membres communistes de « Changer d’ère » et pour le reste, je vous remercie de cette belle unanimité.

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